mardi 20 mai 2008

les sans-papiers occupant l'eglise Saint-Paul de Nanterre dans l'impasse

Le 20 Mai 2008
Les sans-papiers occupent depuis trois semaines l'annexe de l'église Saint-Paul, à quelques mètres de la préfecture. Objectif ? Régulariser leur situation.
ILS SONT une trentaine, installés devant le vieux poste de télévision qui grésille. Quelques-uns profitent des timides rayons de soleil à l'extérieur, assis sur le muret devant l'église Saint-Paul. Et pourtant...

Trois semaines après le début de l'occupation des lieux, les sans-papiers ne savent plus vraiment à quel saint se vouer. Le mouvement est dans l'impasse.

Vendredi, l'interminable rendezvous de 2 h 30 qu'ils ont eu à la préfecture n'a pas donné les résultats escomptés. Roselyn, qui épelle son prénom avec humour (« Ça s'écrit comme Roselyne Bachelot mais nous n'avons pas les mêmes convictions »), glisse : « On nous a pris de haut ! Ils se sont réfugiés derrière le parapluie de la loi. »

22 jours de grève de la faim

Philippe Schaix, le secrétaire général de la préfecture, donne une autre version de l'entrevue : « L'atmosphère était constructive et ouverte. Malheureusement nous sommes en face de personnes qui disent des tas de choses sans les faire. Nous n'avons toujours rien reçu, aucun dossier ! Parmi les noms évoqués lors de la réunion, certains étaient pourtant potentiellement régularisables. Mais nous n'avons pas eu de nouvelles... Nous sommes en face d'un mouvement dont on ne voit pas très bien la stratégie ni la sortie. » Rien à voir en effet avec le mouvement très structuré des travailleurs sans papiers de Neuilly et de Colombes, encadré par la CGT qui s'occupait de monter les dossiers de régularisation. Une chose est sûre : les sans-papiers de Nanterre sont déterminés à aller jusqu'au bout. Sliman a entamé une grève de la faim il y a 22 jours. Il a déjà perdu 9 kg. Les traits tirés, le visage émacié, l'homme explique : « J'ai une famille, un CDI, je paye mon loyer et mes impôts. Pourtant je vis constamment la peur au ventre, sans pouvoir faire un week-end à la mer, contraint d'éviter les bars. Quand j'embrasse ma femme le matin, je ne sais jamais si je vais la revoir... »

En attendant, les sans-papiers comptent les jours, qui passent en semblant rétrécir l'espace. Oumar avoue : « Ça fait deux semaines que je ne ferme pas l'oeil de la nuit. Autant de monde dans un si petit endroit, ce n'est pas facile. Ça ronfle à gauche, à droite, ça n'arrête pas de défiler... On fait semblant de vivre, pourtant on ne vit pas. »Et toujours cette peur au ventre... Un bruit court : « Un de nos camarades s'est fait contrôler à Cergy. Il est au commissariat, il risque d'être expulsé. » C'est leur cas à tous et le bout du tunnel semble toujours aussi loin.

[leparisien 92]

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