jeudi 22 mai 2008

Les salariés sans papiers inégaux dans la grève(92)

Le 22 Mai 2008
LEUR SITUATION est peu enviable, mais même dans leur malheur il y a de l'inégalité. Parmi les travailleurs sans papiers qui viennent d'entamer une nouvelle offensive en vue de leur régularisation, ceux de l'entreprise BMS à Nanterre sont sans doute parmi les plus mal lotis. Ils sont trente-deux à travailler en sous-traitance pour de grandes entreprises du bâtiment, la plupart sans contrats de travail, certains depuis cinq ans, d'autres dix...

L'un d'eux explique : « Quand on va voir le patron pour une réclamation, la réponse est toujours la même : tu veux travailler ou tu veux un bulletin de paye ? » Et encore... le salaire n'est pas toujours versé en temps et en heure. « Je n'ai pas été payé en avril », se désespère l'un d'eux. Un autre renchérit : « Moi depuis mars... » Il y a aussi les journées de 12 heures, la cadence effrénée, les réflexions permanentes. « Si on va aux toilettes, c'est tout de suite : Eh oh, tu t'endors là-bas ? »
Ambiance feutrée au Country Club de Rueil Les ouvriers ont décidé de sortir de l'anonymat, déterminés « à occuper les locaux jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée ». Alors ils s'organisent comme ils peuvent, dorment sur place, dans l'inconfort et la poussière du chantier. « Là-bas, on est dans le hit-parade de l'horreur, c'est quelque chose qui ne devrait pas exister dans notre pays », soupire un responsable de la CGT. Autre lieu, autre ambiance au très select Paris Golf & Country Club de Rueil-Malmaison, où les adhérents peuvent pratiquer, à un coup de volant de l'Etoile, le golf, le tennis, ou profiter d'une grande piscine. Mardi, quinze cuisiniers sans papiers du restaurant gastronomique se sont mis en grève. Mais ici, pas question de faire des vagues et de troubler la quiétude de l'endroit. Les grévistes sont presque dorlotés, le patron apporte les repas et même le café. Bref, la situation est gérée en douceur, presque étouffée... Francis Bottalico, de la CGT, note : « Ce n'est pas une affaire épineuse. Ici, l'employeur joue le jeu et met la main à la pâte pour obtenir la régularisation. C'est un peu le Café de la Jatte bis. Vraisemblablement, la situation devrait se débloquer rapidement. » Les dossiers ont été transmis à la préfecture où ils sont étudiés. Sans passe-droits, assure-t-on là-bas. Au rythme normal, Paris Golf & Country Club, ou pas !
Mouvement au restaurant d'entreprise Un mouvement de sans-papiers touche aussi depuis mardi le restaurant d'entreprise du journal « l'Equipe » à Issy-les-Moulineaux. Onze salariés des restaurants parisiens (LRP) se sont installés dans le fond de la salle avec leurs badges. Deux seulement travaillent sur place. Les autres, pour la plupart d'origine malienne, viennent d'autres restaurants de LRP de la région parisienne. « Leur directeur régional et leur DRH se sont déplacés dès mardi, ainsi que le secrétaire de CE CGT, » explique le délégué SNJ-CGT du journal. La direction s'est engagée à demander leur régularisation auprès de la préfecture de Paris. Hier, cette dernière n'avait pas donné de réponse.
[leparisien92]

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