LE 15 AVRIL, ils ont choisi la voie de la grève, un paradoxe pour ces ex-salariés licenciés. A Igny, 47 sans-papiers - près de 80 dans l'Essonne -, occupent depuis tout juste un mois les locaux de leur ancien employeur, la société de nettoyage Millenium. Une occupation sans heurts qui n'altère en rien le fonctionnement de l'entreprise. Mais un mouvement déterminé qui tend vers un objectif présenté par Sissoko, porte-parole officieux, « la régularisation collective pour enfin mener une vie normale ».
Ils sont 47, âgés de 25 à 42 ans, originaires du Mali, Sénégal, Sierra Leone ou d'autres pays africains. Pour eux, les difficultés ont commencé en juin 2007 avec un contrôle de police. Le patron s'est vu reprocher d'employer des sans-papiers et ceux-ci, du jour au lendemain, ont été congédiés. Sans procédure aucune, car sans contrat de travail.
« Ça m'était déjà arrivé. De 1995 à 2003, j'étais en CDI, et puis mon patron a découvert que je n'avais pas de papiers. J'ai eu un autre CDI les deux années suivantes et l'histoire s'est répétée. Pourtant, je ne cherche pas à vivre dans la clandestinité, je mène les démarches depuis 1997 pour obtenir des papiers. » Pour Omar, « nous avons tous vécu la même histoire. On ne veut pas voler alors parfois, on est obligé d'utiliser de fausses identités pour pouvoir vivre. Aujourd'hui, on n'en peut plus et on prend le risque de s'exposer. Soit ça passe, soit ça casse. »
« C'est une épreuve pour nous mais le moral est bon »
Dans l'occupation, la vie sous le hangar s'est organisée. Pendant qu'un groupe prépare le repas, sur un canapé, d'autres commentent le foot à la télé. Dans un coin, quelques lits pliants, mais aussi des couchettes improvisées avec des palettes en guise de sommier, où somnolent quelques grévistes. Car dans une grève avec occupation de longue durée, le plus dur, c'est parfois de tuer le temps.
Malgré les conditions spartiates, les lieux sont propres et bien tenus. Difficile de croire qu'une cinquantaine d'adultes vivent ici en permanence depuis une trentaine de jours. Côté logistique, les grévistes peuvent compter sur la CGT, mais aussi sur la solidarité des partis de gauche et de la mairie d'Igny qui met à disposition les douches du gymnase.
« C'est une épreuve pour nous, et aussi pour nos familles, mais le moral est bon, assure Kabba. Et on se sent soutenus, la semaine dernière, plusieurs personnes nous ont rendu spontanément visite. »
En attendant, les grévistes se préparent à poursuivre la grève jusqu'à la régularisation du dernier d'entre eux. L'ambiance est bonne et les plus décidés communiquent au groupe leur espoir dans un sourire. « On peut tenir un mois, deux mois, un an. Il n'y a qu'une issue possible. La régularisation pour chacun d'entre nous. »
Derniere minutes : Onze nouvelles régularisations
LA PREFECTUREdel’Essonne commence à lâcher du lest. Hier, onze grévistes sans papiers des entreprises Veolia de Wissous et Millenium à Igny étaient convoqués pour une régularisation de leur situation et se verront attribuer un permis de travail. Ces résultats s ajoutent aux six autres régularisations prononcées la semaine dernière.
[leparisien91]
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