mardi 6 mai 2008

la CGT joue le pragmatisme face à un afflux de demandes

Le 5 mai 2008
La CGT, à l'origine d'une grève coordonnée de salariés sans papiers dans une vingtaine d'entreprises franciliennes depuis le 15 avril, a affirmé lundi son intention de se concentrer sur les mille dossiers qu'elle a déposés, malgré un afflux de nouvelles demandes de régularisation.

Réglons d'abord les mille premiers, on verra la suite", résume Raymond Chauveau (CGT), niant avoir été débordé par l'ampleur du mouvement revendicatif, alors que seuls 22 sans-papiers ont été régularisés jusqu'à présent.
"Les convocations en préfecture arrivent au compte-gouttes", dit-il. 600 salariés sans papiers étaient toujours en grève lundi dans la vingtaine de piquets de grève installés dans des entreprises de restauration, sécurité ou nettoyage d'Ile-de-France.
Après trois premières régularisations dans les Hauts-de-Seine mercredi soir, 19 nouvelles ont été annoncées lundi par les préfectures de Seine-Saint-Denis et de l'Essonne.
Face à la médiatisation du mouvement, qui a reçu le soutien des chanteurs Cali et Tiken Jah Fakoly, et aux premiers résultats obtenus, la CGT reconnaît avoir été sollicitée par "plusieurs milliers de sans-papiers".
Depuis vendredi, 500 à 800 sans-papiers de la Coordination 75, qui regroupe différents collectifs parisiens, montrent leur impatience en occupant des locaux syndicaux de la CGT à la Bourse du travail à Paris, affirmant que la préfecture de police refuse de recevoir leurs dossiers.
La préfecture les a, selon elle, renvoyés vers la CGT, qui refuse de déposer les 1.000 dossiers de la Coordination 75, après en avoir déjà déposé un millier fin avril dans cinq préfectures d'Ile-de-France (Paris, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).
Mais le ministère de l'Immigration a indiqué lundi que les salariés sans-papiers qui le souhaitent peuvent déposer des dossiers de demande de régularisation "à titre individuel", sans passer nécessairement par la CGT.
La Coordination 75 regrette d'avoir été oubliée par la centrale syndicale après avoir "commencé le combat ensemble" début février.
"Le 15 avril, on a appris la grève coordonnée dans les médias", déplore Mamoudou Diallo, porte-parole de la Coordination 75, plaidant le "malentendu" avec la CGT, "un allié incontournable".
Outre des frustrations d'organisation, le différend relève aussi d'une différence de stratégie.
"Il ne faut pas prendre les promesses du gouvernement au pied de la lettre", estime M. Diallo. "Il faut démultiplier le mouvement et le mener dans un cadre unitaire pour qu'il profite à un maximum de gens".
"C'est comme un conflit social", explique de son côté M. Chauveau. "S'il y a des travailleurs qui font grève pour leurs salaires, on n'arrive pas de l'entreprise d'à côté en demandant: +Tenez, demandez pour nous en même temps+".
Les grévistes se sont tous syndiqués à la CGT avant d'entamer le mouvement, a indiqué M. Chauveau.
Avec le ministère de l'Immigration, "on travaille comme peut travailler une organisation syndicale avec un employeur, où l'on se met d'accord sur la manière de régler le problème", ajoute-t-il.
Le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux a réaffirmé lundi que les régularisations "se limiteront à quelques centaines", dans le cadre de l'article 40 de la loi de novembre 2007.
Pour M. Chauveau, "on n'a pas organisé ce mouvement pour quelques régularisations. Si le gouvernement nous a menés en bateau, s'il ne respecte pas ses engagements, il y a une deuxième vague d'entreprises prêtes à partir (en grève), plus importante que la première, dans des secteurs plus sensibles".
[AFP]

Aucun commentaire: