lundi 28 avril 2008

L’homme qui a lancé la grève des sans papiers en IDF

Le 28 avril 2008
IL A FAIT plier par deux fois le préfet de l’Essonne sur la question des sans papiers. Cette fois, c’est Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, qui lui a ouvert les
portes de la négociation. En organisant la grève de 600 travailleurs sans papiers à travers l’Ile de France, Raymond Chauveau, secrétaire général de l’union locale CGT de Massy, a réalisé un grand coup.
Vendredi, le ministère recensait 900 premières demandes de régularisation en région parisienne.
Sans préjuger du résultat, l’opération est un succès pour lui.«Tout le monde a compris qu’ils travaillent avec des feuilles de paie, qu’ils cotisent, qu’ils paient des impôts mais ne touchent rien en retour. C’est un acquis.»
Un acquis construit de longue date, d’abord dans l’Essonne avec deux combats emblématiques dans des entreprises qui employaient des sans papiers :la blanchisserie Modeluxe et la chaîne de restaurants Buffalo Grill.«Avec Modeluxe, j’ai pris conscience de la place qu’ils occupaient dans l’économie »,confie Raymond Chauveau.
«Il est capable de monter sur des barricades comme d’avoir une conversation posée avec le préfet »

«Le problème, c’est qu à l’écouter tous les patrons sont des salauds », juge, agacée, une militante des droits des sans papiers.«Je ne pars jamais du principe que le patron est forcément un voyou, mais je pense qu ils ne pouvaient pas ne pas savoir », nuance t il. C est là toute la subtilité du personnage.«Il est capable de monter sur des barricades comme d avoir une conversation posée avec le préfet »,résume Marc Roumejon, le patron de la CGT 91.«Il est beaucoup plus subtil que l’image qu’il donne parfois, il est sincère et intelligent », note un haut fonctionnaire.

Raymond Chauveau a grandi à Saint Brieuc (Côtes d Armor)dans une famille «de gauche ».Une mère institutrice et un père employé de librairie :il n’est pas issu du monde ouvrier. Mai 1968 passe par là, il a 15 ans. Plutôt que de passer son bac, il devient ouvrier métallurgiste et syndicaliste. En 1981,il obtiendra le bac en candidat libre, puis un CAP.Il adhère au très secret Parti communiste des ouvriers de France, un courant marxiste léniniste, et rentre à la RATP,à Massy.

Il devient le symbole du syndicalisme brimé.
Trublion, c’est de son atelier que partira la grève d’octobre 1988.
Licencié, il bataille durant deux ans avec le soutien de ses camarades qui se cotisent pour lui assurer son salaire, et devient le symbole du syndicalisme brimé. Lassée, la RATP le réintègre en 1995,avec pour mot d’ordre de ne plus remettre les pieds dans l’entreprise.«Je suis devenu un permanent bureaucratique »,s’amuse t il.
Cheveux en bataille et fines lunettes, il a plus un look de prof de maths que de révolutionnaire. Gros bosseur, il est capable d’enchaîner «des journées de quinze ou vingt heures »,témoigne Marc Roumejon.
Pudeur ou simple habitude, il est très réservé sur sa vie personnelle. En 1995,il a adopté des jumeaux congolais, mais à la question de savoir si la lutte des sans papiers trouve en lui une résonance particulière, il évacue.«C’est aussi fort que lorsque je suis avec des salariés qui gagnent 900 Euros par mois et s’enchaînent à des grilles.»Une seule certitude,«il a fait progresser la CGT sur cette question »,insiste Marc Roumejon.
Lui a une conclusion plus terre à terre.«Maintenant, ils savent que ça peut péter n’importe où. Et l’avantage, c’est qu’on ne peut pas empêcher un travailleur de se mettre en grève.»

[leparisien]

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