dimanche 6 avril 2008

Deux migrants condamnés pour s’être cachés dans une cuve à acide

Le parquet de Boulogne-sur-Mer, complice de la clochardisation des exilés, veut les condamner à la prison pour s’être abrités dans une cuve privée.
Quoi de plus banal finalement pour le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer que de juger deux personnes en situation irrégulière, en comparution immédiate.

Mais cette fois, il s’agit de deux clandestins retrouvés dans un endroit loin d’être anodin. Ils ont été découverts dans une cuve ayant contenu des produits toxiques, située sur le site de Tioxide.
Hasan et Abbas Hosseini, l’un de nationalité iranienne, le second d’origine afghane, ont commencé par se dire mineurs avant d’être démenti par les examens médicaux de l’expert. À la barre du tribunal correctionnel de Boulogne, ils affirment que « dans les bois et les dunes, ce n’est plus possible car on n’y est plus tranquille du tout. Il y a des bagarres et des contrôles tout le temps ».
Le réservoir qui contenait les clandestins venait d’être démonté et vidé mais il se trouvait à proximité d’un dépôt de souffre, une substance pouvant devenir réactive aux pluies et aux brouillards. Le revêtement intérieur du réservoir devait être changé car il était détérioré, mais une douzaine de sacs de couchage y trônaient à côté d’un réchaud, d’une théière et de restes de nourriture.
Les prévenus, en coeur, rétorquent : « Que voulez-vous que l’on vous dise ? On n’était pas au courant du tout de tout ça. Des gens dorment là tout le temps et nous, on a pris leur place. Il y a beaucoup d’allers et venues et pour nous, c’est un endroit totalement banal. On veut partir en Angleterre et on ne va pas payer pour tout le monde ».
« Ces messieurs n’ont pas l’air de comprendre qu’ils sont entrés dans un site privé, argumente le substitut. Un site, au-delà d’être privé, qui est également sensible. C’est le rôle de la justice de dissuader les irréguliers d’y aller. Les choses doivent se dire et doivent être claires ». Le magistrat requiert pour chacun cinq mois de prison ferme ainsi que leur placement en détention.
« Oui, réaffirme Me Jacquart, en défense. Les choses doivent être dites et doivent être claires. Mais le message ne passe pas et je ne pense pas que la prison ferme y changera quelque chose. Mes clients ne savent pas parler le français et lisent encore moins la presse locale. Leur situation est de toute façon inextricable. On joue au ping-pong avec eux de frontière en frontière. Ils voulaient seulement être à l’abri des intempéries, en attente de passer en Angleterre. Ils n’avaient en rien l’intention de causer un dommage quelconque à quiconque. Mais leur réaction, c’est l’expression de la détresse humaine au quotidien. Et là aussi, les choses doivent être dites et doivent être claires. Ils se font tous avoir pour venir ici. Ils perdent tout, à l’identique de leurs familles. Une fois ici, ils s’obstinent mais que faire d’autre ? Repartir chez eux, c’est craindre pour leur vie et attendre des représailles certaines ».
Chacun des migrants écope de cinq mois de prison dont deux mois avec sursis simple. Ils sont placés en détention. Ils sont interdits du territoire français pour une durée de deux ans. Le président du tribunal conclut : « Cette sanction doit avoir un double effet, celui de faire de la prévention individuelle et collective, mais aussi celle de faire passer un message, celui que vous avez risqué votre vie en plus d’être sanctionné ».

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